Dans ton irréalité…

En cascade d’émotions, le jour me précipite dans un sillage sans constellations d’une nuit blanche, étourdie à penser à toi sans pouvoir te rencontrer ni te serrer dans mes bras. Une longue nuit en minute d’éclipse, baignée de doute et de mille pensées fragiles où je me demande comment tu vas, où tu es et ce que tu fais. La lune ne sait rien de son manque ni le ciel l’amertume dans ses astres puisqu’ils n’ont jamais eu l’heur de goûter à ton sourire; eux qui ne savent pas t’espérer ni comment te chercher. Hier soir je me suis endormi entre deux orages et j’ai tendrement rêvé de toi. Ça m’arrive souvent ces derniers temps après une longue journée d’angoisses existentielles à me torturer l’esprit sur l’avenir dans ce petit trou de paradis perdu de ce monde qui allègrement part en vrille.

Comment expliquer ce sentiment inébranlable d’être et d’exister réellement, cette sensation de pouvoir tout vaincre et même de pouvoir vaincre la vie quand je m’adonne à toi ? Tu es un pont entre deux mondes, ce petit bout d’infini qui relie l’existence à la vie.

Toujours éthéré, acculé entre élus et damnés, entre science de sages et euphorie de cons-damnés, pourtant à pas de loup dans cette existence en désordre, ce vide concassé inlassablement tu me pousses sur les nuées d’Empyrée. Que suis-je pour mériter? Est-ce l’univers qui m’emplit de toi ou plutôt toi qui m’emplis d’amour? C’est fou. Et pourtant je n’arrive pas à me fixer. Il y a cet éclat de chaleur dans tes yeux, cette étincelance de bonheur toujours quand tu m’appelles tout bas, ce sentiment à ton adoration chaque fois que tu me cries «Papa!»… Le Diable a ses Saints et ses sains desseins; les miens je les ai retrouvés en toi.

La nuit, quand l’ombre assiège ma fenêtre et que le silence innonde mon lit, sous cette dictature des maux je t’observe dans ton irréalité et voilà ton image illumine mes plus sombres pensées.

Dans ton irréalité…

Oui. Et parfois je me dis que c’est bien mieux ainsi. Ce monde qui ne connaît que la métrique du chaos ne vaut pas ta chair et ton sang, cette réalité ne te mérite pas. Ici vois-tu, la mort épidémique gouverne chaque rue de ma ville, cette ville guillotine qui boit fièrement le sang de ses innombrables victimes. Alors, dis-moi quel temps il fait là-bas, car chez moi il fait un temps de rien.

La vie sans toi aurait le goût âpre et l’aspect étriqué de ces nuits- pas n’importe quelles nuits mais ces nuits de désastre où les heures comptent double, et qui semblent s’étirer et s’étirer à ne point laisser poindre le jour. Mais le temps qui gouverne tout connaît bien la diptyque de notre complicité, et devant cette connivence qui ne jure d’aucune limite l’espace n’a autre choix que de se courber. Car vois-tu, il ne suffit que d’une simple pensée arrosée, de mon cœur en agitation poétique et de ma plume pour te faire éternellement exister.

©∆bim’∆rt|08.03.2022

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