De la pierre au nuage

Que dirons-nous à l’égard de ces choses ?

La vanesse, magnifique petite créature qui flirte gracieusement au vent à la recherche de nectar, se couvrant de pollen qu’elle dissémine en voletant de fleur en fleur; s’envolant allègrement, enjolivant, enluminant chaque espace sur son passage par la danse envoûtante de ses ailes graciles sublimement colorées. Elle s’installe dans la pleine nature, s’invite dans nos champs, à l’intérieur de nos maisons et on oublie presque sa forme passée, sa silhouette d’hier mal aimée. La nature a sa façon bien étrange de jouer avec les formes et les couleurs pour produire de fines vibrations à intervertir nos sens et faire tournoyer nos esprits. L’univers lui d’une façon non point différente joue avec l’espace et le temps, comme le cœur joue avec nos émotions.

Moi, je ne suis pas de ceux qui oublient et qui méprisent le passé. J’aime remonter le temps de temps en temps et repasser les sentiers que j’ai parcourus, les chemins que j’ai empruntés en manque d’imagination, les endroits où j’ai posé les pieds il y a longtemps. Les coups de cœur en minute d’éclipse, les vêprées tardives chevauchées de fantaisies, les amourettes emportées par le vent qui ont rendu mes nuits inconscientes, les mille façons d’aimer bien avant d’aimer ainsi.

Car toi je t’aime comme je n’ai jamais aimé, à l’image d’un miroir- inversée, à la finesse d’un coeur bien ficelé, à la cadence de deux âmes bien emboîtées, à l’ambre d’une bougie allumée. On aimerait moins bien si l’on ne s’aimait pas l’un l’autre. Tu emplis mon être et possèdes toute ma condition. La brise du matin est cette sensation langoureuse de tes doigts- doux instruments de supplice- que tu fais défiler sur ma peau en vol d’oiseaux. Chaque fraction de mon être est contrôlée par cette impression enivrante qui émane de ton âme- cette condensée d’éclats raffinés que tu portes fièrement. Ta soie, épée verte dans ma chair s’emboîte parfaitement à ma volonté et mon désir d’être, car tu es. Une disposition exquise qui excite mes envies et flatte toutes mes intentions.

Dans une nuit en zigzag j’ai attrapé le temps, il volait dans tes yeux à l’allure d’éternité. C’est quelque chose de rare et de précieux que j’ai longtemps cherché, dans les ruines des jours, sous la pâleur de la lune argentée, dans mes rêveries les plus délurées. L’univers ne fait pas les choses à moitié. Je me le suis une fois de plus rappelé quand nos chemins se sont croisés au carrefour de la synchronicité. De la pierre au nuage ainsi tu m’as porté et depuis je ne vogue plus entre deux dimensions car à présent chaque instant se confectionne à la mesure de chaque bout de toi.

L’ombre est encore sur le toit perché mais la nuit est à sa dernière marche car le jour, ce jour qui est ton jour, bientôt va poindre à l’horizon. Et moi là je suis déjà pour la remplir avec toi de toutes les formes d’excitations.

Alors souris un peu. Souris de ton plus beau sourire. Souris de ce délicieux sourire féerique que t’a offert la vie. Et rejoins-moi vite.

©∆bim’∆rt|18.09.2020