20 weeks – une réflexion sur l’IVG

[…] C’est facile à dire pour toi parce que tu es un homme. Ton corps ne va pas changer.

Que feriez-vous si en pleine grossesse votre bébé se voyait diagnostiqué d’une maladie grave? Vous choisiriez de poursuivre la grossesse sachant bien que l’enfant devra mener une existence pour le moins tourmentée, ou opteriez-vous de préférence pour une IVG afin de lui éviter toute souffrance? Voilà la réflexion à laquelle vous convie 20 weeks. Sorti en 2017, ce petit film indépendant raconte l’histoire d’un couple (Maya et Ronan) confronté à des décisions difficiles lorsqu’ils découvrent que leur bébé de 20 semaines est atteint de graves complications de santé.

Je ne suis pas sûre de vouloir devenir mère.

Avorter ou ne pas avorter

Le film débute sur une séquence avec nos deux protagonistes sur la plage, puis dans les rues de Los Angeles et ensuite au restaurant, dans une ambiance qui n’évoque rien que des voyages de noces. Mais ne vous méprenez pas car il n’y pas de mariage et nos protagonistes sont simplement en pleine phase de lune de miel dans une relation âgée de seulement 11 mois. Néanmoins, après cette introduction tout bonnement chaleureuse l’histoire ne se fait guère attendre et enclenche instantanément un virage à 180 degrés lorsque Maya, au départ peu encline à l’idée devenir mère, découvre qu’elle est en réalité enceinte. Cette scène choc fait ensuite place à un enchaînement de préoccupations, de remise en question autour de la poursuite de sa carrière professionnelle, l’équilibre mère — écrivaine, les changements corporels normalement liés à la grossesse, car notons-le Maya n’est pas sûre de vouloir être mère contrairement à Ronan pour qui le fait de ne pas vouloir d’enfants constitue un motif de rupture catégorique. Le film confronte à ce niveau les aspirations d’une femme moderne au rôle biologique de la femme quant à la procréation. Quels sacrifices ? Quel équilibre ? Un ensemble de soucis étrangers à l’homme qui réellement ne partage pas les charges physiques, émotionnelles et psychologiques de la grossesse, comme Maya n’hésitera pas à le soulever : «[…] C’est facile à dire pour toi parce que tu es un homme. Ton corps ne va pas changer.» Et quoique ses préoccupations finissent par se calmer assez vite grâce à un partenaire conséquent, désireux depuis toujours de devenir père, subitement tout s’écroule quand la poursuite de la grossesse devient la nouvelle préoccupation, car ce bébé de seulement 20 semaines souffre malheureusement de graves complications de santé et manque quatre doigts à l’une de ses deux mains. À partir de ce moment, l’histoire nous plonge dans les coulisses d’un couple agité, fracturé, qui ne sait quels Saints appeler. Les informations arrivent au compte goutte. Examens après examens, la tension monte de plus en plus et la situation ne fait qu’empirer. Que faire? Avorter ou ne pas avorter, telle est la question fondamentale. Une question dont la réponse ne risque pas de laisser le couple intact.

L’IVG dans le monde

L’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) ou avortement provoqué/déclenché est le terme désignant un avortement réalisé non pour des raisons médicales mais du fait d’un non–désir de grossesse, par opposition à la fausse couche dite avortement spontané/accidentel, ou encore l’avortement clandestin lorsqu’il est pratiqué en dehors des conditions fixées par la loi. D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), environ 73 millions d’avortements provoqués ont lieu chaque année dans le monde. Six grossesses non désirées sur 10 et 3 grossesses sur 10 se sont terminées par un avortement provoqué. Par ailleurs, 45 % de l’ensemble des avortements sont non sécurisés, dont 97 % ont lieu dans les pays en développement. On estime que plus de la moitié de tous les avortements non sécurisés dans le monde sont pratiqués en Asie, pour la plupart en Asie du Sud et en Asie centrale. En Amérique latine et en Afrique, la majorité des avortements (approximativement 3 sur 4) ne sont pas sécurisés. En Afrique, près de la moitié des avortements ont lieu dans les conditions les plus dangereuses. Aujourd’hui, l’IVG reste encore un sujet tabou dans le monde et particulièrement dans les pays fortement religieux. Si elle est autorisée dans tous les pays européens, quoique d’une manière très restrictive où l’accès et les conditions varient largement d’un pays à l’autre, depuis que Malte ait adopté en juin 2023 une loi l’autorisant, le droit à l’IVG reste encore menacé dans bon nombre de régions du globe, comme c’est le cas des États-Unis d’Amérique, l’Afrique, l’Asie du Sud-Est.

Un petit film de grandes questions

20 weeks souffre d’une structure narrative difficile, avec des flashbacks en série et un flash-forward final déroutant. Mais malgré un troisième acte en cahin-caha qui laisse une histoire avec des questions sans réponses, le scénario nous met face à une série de questions qui secouent toutes les sociétés actuelles ; la décision de faire un enfant, la femme moderne et la maternité, la parentalité, et sans oublier l’avortement qui aujourd’hui encore reste un sujet assez tabou. Par ailleurs, ce film confronte tous les aspirants parents à l’une des pires craintes qui puissent exister en matière de grossesse, et les laisse avec l’ultime question : «Et vous, que feriez-vous?


Titre : 20 weeks
Pays : USA
Année : 2017                                                         
Durée : 1h30m                                                         


— OMS. (2021). Avortement. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/abortion

— Statista. (2024). Le droit à l’avortement dans le monde. https://fr.statista.com/infographie/13958/statut-legal-avortement-ivg-dans-le-monde

— Toute l’Europe. (2024). Le droit à l’avortement dans l’Union européenne https://www-touteleurope-eu.cdn.ampproject.org/v/s/www.touteleurope.eu/societe/le-droit-a-l-avortement-dans-l-union-europeenne

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