Mais avant que le temps obnubile mes Passions…
Euh…
Avant même de dire Chère ou de débiter des désirs de la chair me voilà déjà en pleine fin. Ça sonne mal, disons paradoxal même, mais pourquoi devrait-on attendre le son de la cloche à l’angélus pour tresser des liturgiques à l’aurore, ou patienter jusqu’au tam-tam des démons de Minuit pour Enchanter de la Flûte à Melkor? Serait-ce judicieux simplement de laisser le temps à la mort, au Néant le vide? Serait-ce pas plus audacieux d’attaquer le début par la queue ou sinon, la fin par le milieu? Serait-ce pas mieux si à chaque vêprée, quand le ciel nu se dévoile et nous laisse caresser l’envie dans l’éclat ivre de ses yeux, on emplissait d’huile la coupe à la flamme incandescente de nos vœux? Et si avant même de commencer on reprenait tout à zéro? Et si au lieu d’apprendre à s’aimer on s’aimait tout simplement? Si au lieu de promesses sulfureuses, d’attentes ennuyeuses et de maladresses trop hâtives on laissait crescendo les battements timorés de cœur que nos envies désirent dépeindre le rythme à nos instants éblouis par la nuit que le jour envie.
Chère…,
Je ne sais pas comment te cacher cette sensibilité qui a tes maux me met à genoux. Je ne sais pas tresser des lettres vierges de rêveries ni tisser des mots vides de la majesté des muses. Je ne sais pas comment t’aimer sans risquer de me passionner ni me passionner sans penser au bonheur de t’aimer toi, toi seule fidèlement. Je ne sais pas partager mes sentiments futilement, me laisser envahir facilement d’amour, de charmes et de toute sorte d’attention fébrile par peur de souiller la grâce de ta douceur égérie. Mais tout ça, je ne sais toujours pas te l’avouer. À chaque flamme, chaque femme qui a enduit mes réalités de charmes, mes sensations de mille vies, mon bonheur mitigé d’éclats de folies j’ai cru t’avoir retrouvée.
Et ainsi la Princesse engrossa la grenouille… Que dis-je? Cette phrase presqu’autant de sens a-t-elle que mon impatience guettant une image sans l’ombre d’un visage, car en vrai je t’écris à l’impersonnel.
Le temps est sans conscience, mais au fond de ma Crypte ta lumière toujours me guide, Bien-aimée. Je ne sais pas encore taire tes maux à tes lettres, ni ôter le soucis de tes fardeaux, mais loin de toi amoureusement déjà je t’aime et attendre je ne fais impatiemment, apprendre inlassablement pour fin pouvoir mieux t’aimer. Mon Amour, j’ai soif , de ton Aura, de ta féminine Poésie. Et à ces mots bête à pleurer je me sens, mais que dire ? Ce n’est que la triste et dure vérité. Il y a dans mes yeux des larmes qui n’attendent que toi pour couler, car toi seule possède la douce emprise de les sustenter autant que de les étancher.
Je camoufle ma lassitude sous des airs de silence et de sourires insatisfaits le jour, enjolive ma douleur dans des rimes ecliptiques et des césures allégoriques pour ne point paraître ingrat, rabat joie au Soleil dans son cycle éternel majestueux, mais chaque fois que revient la nuit, je retourne aux notes de ma Cithare pour demander grâce à ton Absence, impossible de rêver.
Regarde, vois, écoute, entends ma voix. Dis-moi, qu’attends-tu encore pour venir te blottir contre moi? Pour ton aura venir frotter à mon âme? Mes cieux s’enténèbrent et mes lunes deviennent pâles; mon âme a froid. Mon désir, mon amarante délice, j’ai le blues de toi. Alors, ne tarde pas. Ne tarde plus, plus trop. S’il faut t’attendre, sans relâche encore mon impatience ne cessera-t-elle de guetter ta présence au jour, à la nuit, mon essentielle, ma douce moitié. Mais avant que le temps obnubile mes passions, que l’hiver transisse mes mots, je t’en pris… viens à moi.
©∆bim’∆rt|21/03/18